ALLEINS, le  24 Novembre 2004

Docteur Jean Philippe LABREZE
Collectif des médecins et des citoyens contre les traitements dégradants de la psychiatrie.
449 Rue de L'Egalité  
13980 ALLEINS

 

Monsieur DOUSTE-BLAZY
Ministère de la Santé et de la protection sociale.
8 Avenue SEGUR
75007 PARIS

Copie adressée à Monsieur le Premier Ministre,
Jean Pierre RAFFARIN.


        Monsieur le Ministre,


Le Collectif des médecins et des citoyens contre les traitements dégradants de la psychiatrie a, par un courrier recommandé en date du 16 avril 2004, souhaité attirer votre attention sur les problèmes graves soulevés par la pratique de la sismothérapie dans notre pays. Les inquiétudes dont je vous faisais alors part se sont majorées par la suite puisque les nombreux témoignages adressés au collectif ont démontré qu’un grand nombre d’établissements privés (cliniques psychiatriques) administrent des électrochocs. Je souhaite également attirer votre attention sur le fait que la plus grande opacité entoure ces pratiques dans notre pays et, qu’à ce jour, aucun organisme n’a été en mesure de me fournir des statistiques concernant la fréquence d’administration des électrochocs. Il apparaît en effet que les actes effectués dans les établissements publics ne sont pas répertoriés et que ceux des établissements privés ne sont pas codés.

Ce premier courrier étant resté sans réponse, je vous saurais gré de bien vouloir me faire savoir s’il vous est parvenu et de bien vouloir également éclairer le collectif sur la suite que vous entendez lui donner.

Par ailleurs, je souhaiterais attirer votre attention sur un autre problème majeur de santé publique, menaçant la santé et la vie de nombreux enfants. Je veux parler du TDHA (trouble de déficience de l’attention / hyperactivité) et du traitement de ce trouble par des médicaments psychostimulants de la classe des amphétamines ou apparentés. Permettez moi de rappeler ici quelques éléments clé :
 
1987: les membres de l'APA (Association psychiatrique américaine) votent à main levée l'introduction dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) d'un nouveau trouble psychiatrique: le TDAH (Troubles déficitaire de l'attention/hyperactivité).
 En l'espace d'un an, 500 000 enfants américains reçoivent ce diagnostic. Aujourd'hui, étiquetés hyperactifs, plus de 6 millions d'enfants américains prennent le chemin de l'école après avoir avalé leurs pilules de psychostimulants (Ritaline, pour ne citer que la plus employée).
 
Les effets hautement délétères de la Ritaline (methylphénidate) et des autres stimulants (dextroamphétamine et metamphétamine) sont indiscutables et largement documentés, qu’il s’agisse de leur impact  sur le système nerveux central, les appareils gastro-intestinal, cardio-vasculaire ou endocrinien. (cf. document ci-joint)

Entre 1990 et 2000 , 186 décès liés à la Ritaline ont été rapportés à la FDA, ce qui ne représente, selon le docteur BAUGHMAN, membre de l'Académie américaine de neurologie, que 10 à 20% du nombre réel de décès imputables à cette drogue ! Des enfants âgés d'une dizaine d'années décèdent de troubles cardiaques et présentent des anomalies similaires à celles présentées par les consommateurs chroniques de cocaïne!  Dans les hôpitaux américains, les admissions dans les services d'urgence pour abus de Ritaline sont aujourd'hui, chez les préadolescents, plus nombreuses que celles dues à la cocaïne !
 
La Ritaline se deale dans les cours d'école et de nombreux enfants la sniffent ou se l'injectent en IV. Il est intéressant de rappeler que la Ritaline est une drogue du tableau II (convention des Nations Unies sur les substances psychotropes. 1971) au même titre que la cocaïne, la methamphétamine, les opiacés ou les barbituriques les plus puissants. Peut on réellement être surpris de sa toxicité et de son pouvoir addictogène ?(cf. témoignage du Pr BREGGIN devant le congrès des Etats-Unis, joint en annexe). De nombreux cas de suicides, lors du sevrage du produit, ont également été rapportés.

Où est la logique lorsque, d’une part, le gouvernement français essaie de se donner les moyens d’endiguer le fléau de la toxicomanie et que, d’autre part, la psychiatrie drogue sans raison des milliers d’écoliers français ?
 
Les médecins sont parfois placés dans des situations où ils doivent, dans le cadre d'une démarche thérapeutique, évaluer soigneusement la balance bénéfices/risques. Mais, s'agissant du TDAH, nous sommes en face d'une situation inacceptable car la "maladie" qu'il s'agit de traiter est une pure invention de la psychiatrie. De nombreux experts médecins nient la réalité de cette "maladie" (en tant que processus morbide résultant d’une cause reconnue, en l’occurrence un supposé dysfonctionnement du cerveau), et condamnent fermement la mise sous drogue de nos enfants.

Ici encore, la logique de la psychiatrie a été strictement la même que celle que dénonçait déjà le Pr ZARIFIAN dans le rapport qu’il vous avait remis en 1995. Mais de quoi s’agit-il précisément ? S’agissant du problème de TDAH, la démarche de la psychiatrie s’est limitée à la définition d’un groupe de « symptômes » (dont la dimension pathologique est éminemment subjective et critiquable), au fait de coller une étiquette diagnostique sur l’ensemble (dans ce cas spécifique par un vote à main levée) et, bien entendu, à la préconisation de la ou des molécule(s) censée(s) résoudre le problème. Que sont devenues la rigueur scientifique et la prudence absolument fondamentales dans un domaine tel que celui-ci ?
 
Pour le Professeur BREGGIN, psychiatre, psychopharmacologue, expert près les tribunaux, «il est important de comprendre que le diagnostic de TDAH a été développé spécifiquement dans le but de justifier l'utilisation des drogues visant à modifier le comportement des enfants en classe.(...).De plus, alors que certains comportements sont inhibés pour une durée de quelques semaines, il n'existe aucune preuve tangible de l'amélioration du comportement scolaire, social ou psychologique. Au contraire, les preuves existent démontrant une altération des fonctions cognitives, un retrait social et l'existence d'un état dépressif» .
 
En novembre 1998, le texte final de la Conférence de Consensus sur le TDAH du National Institute of Health (NIH) aux États-Unis déclarait sans équivoque : «Il n’y a aucune donnée qui indique que le TDAH soit causé par un dysfonctionnement du cerveau. (...)
« Chez les sujets médicamentés, les psychostimulants semblent améliorer la concentration et l’effort tout en minimisant l’impulsivité et augmentant la docilité pour une courte période initiale d’environ 7 à 18 semaines, pour ensuite perdre toute efficacité» .
 
Que certains comportements puissent être parfois source de difficultés pour l'enfant et son entourage, et traduire un réel problème de santé, j'en conviens sans difficultés. Mais alors, pourquoi essayer d'atténuer certains symptômes, qui plus est pour une période de temps limitée et au prix d'effets délétères majeurs, alors qu'une démarche médicale logique et appropriée serait de traiter la cause sous-jacente ?
 
De nombreux facteurs sont susceptibles d'affecter l'équilibre psychique et le comportement des enfants (carences affectives ou éducatives, difficultés scolaires, problèmes de santé tels que des allergies ou des carences nutritionnelles...).  Parmi ceux-ci, les erreurs alimentaires (surconsommation de sucre et d'hydrates de carbone raffinés, de graisses saturées ou dénaturées par la chaleur) génératrices de carences en vitamines du groupe B et en acides gras essentiels, de déséquilibre glycémique, jouent très probablement un rôle déterminant.
 
Le Dr L.M PELSSER, du centre de recherche sur l'hyperactivité et le THADA, à Middleburg (Pays-Bas) a découvert que "le comportement de 62% des enfants diagnostiqués comme souffrant de THADA s'était grandement amélioré après un changement d'alimentation d'une durée de 3 semaines".
 Une étude réalisée par le sociologue Stephen SCHOENTALER, démontre que chez plusieurs centaines d'adolescents incarcérés auxquels on a donné une alimentation stabilisant la glycémie ainsi qu'une supplémentation en vitamine B1 et en magnésium, on a constaté une réduction des agressions physiques de 82%, des vols de 77% et du refus d'obéir de 65%.

Ces éléments sont aujourd’hui incontournables. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en date du 7 mai 2002, invitait d’ailleurs les gouvernements des états membres à :
a : Contrôler plus étroitement le diagnostic et le traitement des enfants présentant des symptômes de troubles déficitaires de l’attention / hyperactivité ou de troubles similaires.
b : Coordonner et intensifier les recherches portant sur la prévalence, les causes, le diagnostic et le traitement (en particulier les traitements alternatifs tels que l’alimentation – souligné par nos soins-) de ces désordres et, en particulier, sur les effets à long terme des psychostimulants prescrits à titre de traitement ainsi que sur le rôle des facteurs sociaux, éducatifs et culturels.
c : Elaborer et mettre à la disposition des parents d’enfants atteints de ces troubles, les documents expliquant les possibilités existantes pour améliorer leur condition.
Aujourd'hui, dans notre pays, plus de 6000 enfants sont sous Ritaline! A en croire les psychiatres, 5% des écoliers français seraient atteints de ce trouble. Si nous ne faisons rien pour empêcher cette nouvelle tragédie, qui peut dire combien de dizaines de milliers d'écoliers français seront, dans un futur plus ou moins proche, sous traitement chimique, à l'image de ce qui se passe aujourd'hui en Angleterre par exemple et dans plusieurs autres pays de la communauté européenne ?
C’est la raison pour laquelle nous vous demandons, Monsieur le Ministre, considérant qu’il existe aujourd’hui un faisceau de preuves indiscutables permettant de mettre en cause la validité du diagnostic de THADA et l’approche thérapeutique médicamenteuse à base de psychostimulants, de suspendre l’autorisation de mise sur le marché du methylphénidate sous toutes ses formes (Ritaline ou Concerta) et de  constituer une commission pluridisciplinaire chargée de faire toute la lumière sur le sujet. Outre des psychiatres, cette commission devrait selon nous comprendre des médecins d’autres spécialités (pédiatres, neurologues, médecins généralistes) mais également des acteurs susceptibles d’apporter une contribution précieuse à ce débat, tels que des philosophes, des éducateurs et des membres du corps enseignant.
Il me semble également important de rappeler ici que d’après une enquête publiée en 2003 par la CNAM, 120 000 enfants et adolescents de moins de 18 ans consommeraient des antidépresseurs. Or de très nombreuses études convergentes concluent que non seulement cette classe thérapeutique n’a démontré aucune efficacité dans cette tranche d’âge mais que par ailleurs, il a été mis en évidence une multiplication par 2 du risque suicidaire dans le groupe traité par antidépresseurs par rapport à un groupe de dépressifs du même âge traité par placebo.
Le comité consultatif d’experts de la FDA vient pour sa part de terminer l’examen de 24 études, conduites sur un total de 4 000 enfants et adolescents, et concernant 9 molécules appartenant pour la plupart à la nouvelle génération des antidépresseurs et a conclu que le rapport bénéfice risque des antidépresseurs pour les enfants et les adolescents était négatif.
Devant l’évidence des preuves, la Grande Bretagne a pris en décembre 2003 la décision d’interdire cette classe de médicaments chez les moins de 18 ans.

Nous vous demandons également ce que vous entendez faire pour que des dizaines de milliers  d’enfants ne soient plus victimes des actions coordonnées de l’industrie pharmaceutique, sans cesse à la recherche de « nouveaux marchés », et de certains experts psychiatres, fortement liés à cette même industrie pharmaceutique.

Ne pas agir aujourd’hui avec une détermination à la hauteur des risques encourus par nos enfants et des enjeux pour notre société serait partager avec la psychiatrie biologique et l’industrie pharmaceutique, la responsabilité de cette tragédie sanitaire et des décès qui ne manqueront pas de survenir.

Restant à votre disposition pour tout complément d’information et persuadé que l’extrême gravité de la situation ne saurait vous échapper, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes très respectueuses salutations.

 

Docteur Jean Philippe LABREZE

 

PS : Documents ci-joints :     Témoignage du Professeur BREGGIN devant le congrès des Etats-Unis.